A la patinoire, c’est tout un micro-cosmos  qui s’ouvre à toi. Partout ou tu regardes, une nouvelle espèce fascinante se présente.

 

Déjà en arrivant, se distinguent les deux grands courants patinoiresques. Les beaufs, et les « in ». Leur reconnaissance est évidente, il suffit d’observer les patins. Les beaufs ont des patins loués, et son vaguement méprisés par les « in », qui ont pris la peine d’investir, eux.

 

Après t’être élancé aussi gracieusement qu’un pingouin dans le désert, tu arrives enfin à patiner sans regarder tes pieds, et tu peux ainsi observer tes fabuleux congénères…

 

Avec leurs cris de phoques en rut, la Mère-Indigne et sa copine Cynthia attirent ton attention, depuis leur poste d’observation, le bord extérieur de la patinoire. Armées de leur iFounes, elles s’échinent à hurler « Brandon, Brenda, regarde Maman, vazy ! » pendant que Dylan, premier né de Mère-Indigne, surveille les dénommés Brandon et Brenda, jumeaux de 2 ans à tout casser, première séance de patin, sans casque évidemment.

Cette misère parentale  te laissant sans voix, tu décides de détourner ton regard.

 

Tu croises alors celui de Papa-STAPS. Pas peu fièr le papa-STAPS. Il a embarqué sa Manon à la patinoche. Hop-hop. « Manon, droit les jambes, souples les genoux, allez allez, on pousse sur les chevilles ». Papa-STAPS est facilement reconnaissable, rapport à son pantalon de ski flambant neuf et très ajusté (dévoilant un magnifique fessier musclé), Manon ayant le même en rose, et les patins également flambants neufs (il investit dans une nouvelle paire à chaque fois que la petite change de pointure), agrémenté du casque rose Barbie (le sport, c’est dan-geu-reux).

 

C’est à ce moment précis que tu décides de quitter la patinaugeoire (= coin des mioches débutants), de toutes façons, le tien patine déjà aussi bien que toi alors que c’est que sa deuxième fois, autant virer sur la piste des « grands ».

 

Là, t’as l’impression d’écarter un amas de fougères, et de découvrir encore plus de spécimens intéressants….

 

Tu manques de te faire renverser par Pati-Geek, tout occupé qu’il est à zyeuter son iFoune.

Là tu penses comme les Américains : « What the fuck ? » (= C’est quoi ce bordel ?)

Toi, pourtant smartphone-addict au point que toute personne te voyant à minima deux fois par mois t’as déjà pointé ton comportement de cocaïnomane, tu l’as laissé à la maison. Trop peur de le péter lors d’une malencontreuse chute sur la glace.

Bordel, tu ne peux pas iFouner aux chiottes ou dans le tram, comme tout le monde ?

Et là tu saisi : c’est le Destin qui te présente cet énergumène, comme ultime preuve qu’il y a pire que toi sur terre….

 

Rassurée, tu continues ton exploration, manquant entre autres, de te vautrer grâce à ton cher enfant qui te prend pour une liane.

 

La grâce croise ton regard, une jeune fille en fleur passe devant toi. Mini-Surya est une pro. Ca se voit à ses patins blancs, sa glissée fluide, son collant noir et sa jupe rouge.  Tu ne la quittes plus des yeux, attendant avec ferveur LE moment du double-axel. Elle s’échauffe. Bide. Tout ce qu’elle a à t’offrir, c’est des jeux de jambes et de bras.

 

Dépitée, ravalant ta déception, tu te tournes avec espoir vers un autre pseudo-dieu de la danse sur glace.

Monsieur ex-Candeloro.

Ses patins à lui sont noirs. Et il a le collant qui passe par-dessus là, comme Candeloro.

Son crâne dégarni (le froid, ça conserve pas !) et un casque-audio sur les oreilles. Un casque ? Comment fait-il pour entendre sa musique par-dessus les basses de DJ Franky ?

Tous tes espoirs reposent maintenant sur lui pour ton double-axel. Juste un Axel alors. Un tout petit. Steu plé ?

Que dalle, les patineurs du dimanche ne méritent pas tel offrande.

 

Lola ,16 ans, a prétexté d’emmener sa petite sœur, pour aller montrer son cul à la patinoire. Mini-short noir et leggings argenté, coups d’œil en direction de toutes les grappes de mâles pour voir « s’ils me regardent hihihihi »

 

Entre deux observations, tu râles après les gosses de quartier qui slaloment à 90km/h, en prenant ton fils pour un plot.

Bon d’accord il est petit ton gosse, mais bordel, il est pas ORANGE !!

 

Les sales gamins manquent de renverser Mère-Courage.

Mère-courage, elle est venue avec ses deux enfants de moins de 6 ans. Rien que pour avoir eu cette idée folle, elle mérite une médaille (ou une thérapie gratos).

Donc ton œil bienveillant scrute Mère-Courage qui s’élance sur la glace. Et là tu comprends que c’est sa tout-toute-première fois….. Ainsi qu’à ses gosses.  D’ailleurs elle a gardé son sac à dos (elle a pas vu les casiers, ou alors elle a gardé la pièce de 2€ pour payer un paquet de 3 M&M’s à ses mômes). Tu te promets de prévenir toutes tes amies futures mères : la patinoire, on s’entraîne avant en solo, histoire d’éviter un triple-traumatisme crânien et le dimanche soir aux urgences…

 

Un tirement sur ta manche te ramène à la réalité de la maternité (et manque de te faire tomber) : « M’man, regarde les mecs ce qu’ils font ! »

 

C’est écrit sur leurs polos floqués chez Decathlon, voici les « ICE FREESTYLER » (Strasbourg vs Offenbourg). On reconnait ces braves petits jeunes à leurs patins, ceux qui ont des trous dans la lame là. Ou des lacets fluos. Sinon ils tutoient DJ Franky, et ils lui demandent une dédicace d’anniversaire.

Entre deux palots au bord de la piste (ils emmènent leur « Lolas » personnelles, pour peu qu’elles aient des patins à elles, ça fait trop Boloss sinon), ils se filment entrain de sauter par dessus ou par-dessous des plots. Tant qu’ils n’utilisent pas ton gosse pour ça…

 

Essayant tant bien que mal d’inciter ton cher enfant à patiner et pas à regarder les autres sautiller, tu te fais dépasser par un gnome.

D’abord tu crois que c’est un gars atteint de nanisme, tant il patine bien. Mais non, c’est un gosse à peine sorti des jupes de sa mère.

Malgré sa pratique qui ne peux mathématiquement pas excéder la tienne (même si tu viens tous les 5 ans), rapport au fait qu’il a 36 mois d’âge, le gamin te fait des trucs tellement fous, avec sa goutte de lait encore aux lèvres, que t’as juste envie de demander à sa mère (assise sur le banc, lisant « Voiçi ») si elle a accouché ici.

 

Coup de grâce.

« Fils !  – On rentre à la maison, tout de suite. »

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