Deux mois tout pile aujourd’hui que les Twix sont arrivés, de façon totalement incontrôlée.

Comme pour GrandFrère, le besoin de garder une trace écrite de leur venue au monde.

Beaucoup se demanderont pourquoi raconter un moment aussi intime, et le publier.

Le raconter pour moi, pour exorciser, le publier, toujours dans l’espoir que cela puisse aider quelqu’une… Donner un espoir ?

Mercredi 10 octobre : J’ai rendez-vous pour l’échographie de comptage de poils de cul. La dernière révélait déjà une inflexion de courbe de croissance, surtout chez la fille.
J’ai des contractions depuis la veille, et, comme pour ma MAP en août, j’ai « senti » que je serais gardée et j’ai emmené brosse à dents et petites choses de première nécessité (chargeur de portable)

Le retard de croissance est confirmé, et les Dopplers (échanges sanguins) sont mauvais, je suis hospitalisée. Vu le terme, je sais que je n’en ressortirait pas avant l’accouchement.

Dans la nuit suivante, je refais une menace d’accouchement prématuré et je reçois une nouvelle injection de corticoides (destinés à accélérer la maturation pulmonaire des enfants)

Le vendredi, le pédiatre vient m’exposer son avis. La petite est estimée à 1,5kg et, bien que j’ai atteint 34sa (la maternité dispose uniquement d’un service de médecine néonatale et ne prends donc les prématurés en charge qu’à partir de ce terme), il considère que c’est une perte de chance pour elle, qui devra certainement aller en service de réanimation néonatale. Je décide donc d’un transfert in utero vers le Grand hôpital qui dispose de ce service.
J’écris « JE décide » et c’est important. Tout au long de cette grossesse on m’a laissé actrice des décisions, après avoir discuté avec moi des tenants et des aboutissants, sans jamais faire pression.

Le samedi, transfert.
J’arrive à GrandHôpital, col ouvert à deux doigts, tête de ma fille très basse.
On me demande si des analyses ont été faites pour trouver la cause du retard de croissance.

Mardi 16 octobre, le chef de service déboule dans ma chambre en milieu d’après midi (la tournée c’est le matin)
Il demande quand le papa arrive. Le soir même.
« Ah ben c’est parfait ! »
« Pourquoi, vous voulez me faire accoucher ? « 

Les analyses ont révélé que mes plaquettes étaient basses.
J’ai développé une allo-immunisation antiplaquettaire auto-immune. Mes anticorps détruisent mes propres plaquettes. Cela risque de se transmettre aux enfants et de détruire leurs plaquettes. Les conséquences sont des saignements difficile à arrêter, des hémorragies.
Nous apprendront plus tard, quil sagir d’une incompatibilités antigènes entre le papa et moi. Une grossesse sur mille est concernée….
Il parle alors des modalités d’accouchement. Un passage trop prolongé dans mon vagin serait un risque d’hémorragie cérébrale si les bébés étaient porteurs de la maladie.
JE décide d’une césarienne.

Je suis un peu triste, mais c’est mon choix, et c’est pour mes bébés.
Papa dormira avec moi ce soir là.

Le lendemain, le 17, je suis à jeun, betadinée et rasée. J’attends.
J’ai envoyé la veille un texto groupé pour réclamer des pensées pour nous.
9h30, Gyneco chef déboule à nouveau dans la chambre. Après discussion avec les pédiatres et l’hématologue, ils sont d’avis de grappiller encore quelques jours pour que la petite grossisse. Je n’accoucherait pas aujourd’hui.
Je réclame un repas, plus soulagée de pouvoir manger que d’avoir un sursis….

FuturPapa repart au charbon, à Paris.
Les jours passent, monitoring 3 fois par jour, prises de sang (à 6h du matin…), pipi dans les pots, visites…

Jeudi 25 octobre. GrandFrère me pète littéralement un câble, m’ordonnant d’accoucher samedi.
Le soir, je sens la limite de mon corps qui n’en peut plus.

Vendredi 26 octobre.
Réveillée à 7h par des douleurs de colique. Les mêmes que pour l’accouchement de GrandFrère, sauf que je ne fais pas le rapprochement. Je vais me vider et je prends deux Spasfon.
7h15, j’appelle la sage-femme en lui disant que j’ai des contractions « un tout petit peu douloureuses là… »
Elle demande si j’ai pris du Spasfon, me dit qu’elle revient dans 10 minutes vérifier.
J’ai envie de lui hurler de m’emmener au bloc, mais je ne sais pas.

Je me prostre sur le côté dans le lit et re-sonne. Je m’excuse de l’embêter, elle pose le monitoring.
L’aide soignante passe dans la chambre, moi je suis déjà dans « un autre monde » (celles qui ont accouché comprendront).. Elle regarde le monitoring, deux contractions et devant leur proximité et leur intensité, elle sort chercher la sage-femme en lui disant :  « écoute faut vraiment que tu l’examine là… »

La sage-femme s’exécute. Elle me regarde avec une tête de 30 pieds de long et dit :
« je sens sa tête, vous êtes dilatée à 5 cm, vous allez accoucher Madame G….. « 

Débranchement de mon lit (refus de la SF à la proposition de l’aise soignant de m’emmener en chaise….)
Il est 7h39 et j’envoie un texto à soeur/mère/FuturPapa : 5 cm, bloc.

J’arrive dans le couloir des salles d’accouchement, à 15 mètres de là, toujours prostrée dans mon lit.
Je ne comprends pas qu’ils me placent dans un salle d’accouchement et pas dans le bloc opératoire.
Je suis à dilatation complète. C’est la ruche autour de moi, mais chacun a son rôle. La SF du service qui me tenait la main me dit qu’elle doit retourner là bas que ça sonne de partout. Immédiatement, une autre personne prends sa place pour me soutenir.
Je suis scopée. Je n’entends que des bribes.
 » allo immunisation  »
 » oui mais faut pas qu’elle bouge » (je suis tétanisée par la douleur, même pas le temps de paniquer)
« oui mais faut qu’elle pousse bien »

Je réclame du gaz. Je sens que ça pousse. Je dit « elle va me sortir par le cul !!!! » (top classe)

Ils me posent une rachi-anesthésie, alors que je suis toujours couchée sur le côté, des internes maintiennent mes jambes en position foetale (je ne bouge pas, je sais que c’est ma seule chance d’avoir une analgésie, si j’avais eu un seul bébé je n’aurais pas eu d’anesthésie). Une dose pour cheval de trait.
Je suppose que c’était en prévention pour une éventuelle césarienne pour mon fils placé en transverse.

Une infirmière me pose une sonde urinaire. Elle dit « J’ai buté » (contre la tête du bébé) , elle répète comme personne ne réagit. Ma fille est déjà engagée.

On place mes jambes complètement paralysées dans les étriers. J’ai envie de crier que je ne veux pas accoucher comme ça mais je ne peux pas.
L’obstétricien me demande de pousser.
Je ne sens rien mais je m’exécute.
Une poussée et il sort un truc de moi en disant « ouh là ». 8h18 C’est ma fille, elle est très petite mais elle crie.
Il me la pose sur le ventre et j’ai un mouvement de recul je dis « mon Dieu, elle est minuscule ! »
Elle a plein de cheveux tout noirs.
Ils me disent de lui faire un bisou avant de l’emmener pour l’examiner.

Pendant sa sortie, une femme maintenait mon fils pour ne pas qu’il se retourne en siège.

On attends qu’il descende.
Je dis « j’hallucine, mais j’hallucine quoi »
Ils me demandent nonchalamment ce que je vois, pensant sûrement que l’anesthésie me fait voir des éléphants roses.
Je dis « nan mais c’est n’importe quoi, j’accouche et j’ai l’impression d’aller à la poste »
Je demande s’ils m’ont fait une épisiotomie. L’obstétricien réponds que non, que le périnée est bien souple.

Mon fils ne veut pas descendre. L’obstétricien décide d’aller percer sa poche. Il enfile un grand gant, j’ai l’impression d’être une vache. Je leur dit.
Il perce la poche. Le bébé tombe dans mon utérus comme une pierre. Ils l’ont lâché. Ils balancent l’échographie. Son coeur bat bien mais il s’est mis en siège complet….

A nouveau, il me dit de pousser.
Une poussée et il sort un autre truc de moi. 8h27 Mon fils.

Il est aussi emmené après un bisou. Ils reviendront tout deux dans une petite couveuse plus tard.

L’interne à ma gauche me dit « on y va pour le troisième ? ». Je la regarde, ne sachant pas si c’est du lard ou du cochon et elle dit « le placenta bien sûr »
Je pousse encore une fois (ça a bien marché deux fois !!!) et hop.

Tout le monde sort de la pièce, il ne reste que l’interne qui me fera deux points de suture.

Ma soeur a réussit à arriver et passe me voir. Je comprends rien, personne comprends rien.

Je demande si la petite va en réa. Ils répondent que non, elle va en médecine néonatale !

J’ai le droit de garder mon fils mais il n’est pas frais. Je demande qu’on l’examine. Hypoglycémie. Il est rapidement nourri puis monté en neonat avec sa soeur.

J’attends la dissipation de la rachi.

L’obstétricien vient me voir et demande si j’ai compris pourquoi je n’ai pas eu de césarienne. Il dit que vu la vitesse de l’accouchement, ça leur a fait le même effet qu’une césarienne de toutes façons.

Quelques heures après je suis sur pieds.
Le papa est arrivé et après avoir vu les enfants, nous descendons chercher mes affaires. La sage-femme m’explique que j’ai fais une belle frayeur à sa collègue du matin. Elle a cru que j’allais accoucher dans la chambre….

L’euphorie des premiers jours laissent vite place à la frustration d’être sans mes bébés.

Je n’arrive pas à tirer mon lait et je crois que mon allaitement, auquel je tiens tant, est gravement compromis.

Le dimanche soir, je fini en pleurs.
La sage-femme d’un service arrive à ce moment là (c’est dingue comme durant cette grossesse, il y aura toujours eu la bonne personne au bon moment sur ma route).
Je lui explique que, même si j’ai eu un accouchement qui a dépassé tout ce que j’aurais pu espérer, j’ai besoin de reconnecter les choses, que c’était trop violent.
Elle dit « vous connaissez E.T.? » (la sage-femme qui m’a accompagné pour la naissance de GrandFrère), elle a fait ses études avec elle. Elle dit qu’elle serait fière de moi.
J’explique que l’absence de sensation de passage, fait que j’ai l’impression que ces bébés ne sont pas sortis de moi, qu’on me les aurait tiré d’un chapeau de magicien.
Elle dit qu’à un moment, j’ai senti le contact, quand ils ont été posés sur mon ventre, quand j’ai senti leur odeur, quand je les ai embrassé…. Que c’était là le début de cette relation de maternité.
Je demande qu’elle regarde mon dossier pour confirmer que mon fils est né en siège (pour moi, un siège ne sort pas en une seule poussée)

Le lait coule enfin, j’ai mes réponses, mes connections, et je suis en paix avec cet accouchement trop rapide et trop violent.

Publicités