Pita ou Wrap ?

Depuis toujours j’ai une blague préférée :

« Quelle est la différence entre Dieu et un médecin ?

– Dieu lui au moins, il ne se prends pas pour un médecin »

Quand j’ai su que les jumeaux avaient décidé d’être sûrs de resté accrocher à moi, j’ai donc dû faire un nouveau deuil. Celui de l’accouchement à domicile (AAD), que j’avais l’intention de vivre avec FuturPapa.

Inutile de mentionner que, avec un AAD comme première expérience de la maternité, c’est à reculons (et accessoirement, en chialant), que je me suis rendue à l’hôpital pour y effectuer mon suivi et m’y inscrire.

J’y suis allée, bardée d’appréhensions. Ces « nazes » n’étaient que peur et stress, et leur seul but étaient de me faire accoucher sous leur domination physique et psychologique. Ils allaient me traiter comme une ado inconsciente et capricieuse qui n’a d’autre but que de faire chier.

La première fois où j’y suis allée, on m’a dit « bonjour ».

Ouais, ça semble con comme ça, mais moi, c’était la première fois qu’un soignant de milieu hospitalier me disait « bonjour », et ce, ô politesse ultime, même en le croisant simplement dans un couloir.

Ensuite on m’a dit : « bonjour, je suis Machine, sage-femme ».

Ouah, en plus d’être super polis, ils te disent même ce qu’ils font. Des fois que t’aurais pas la présence d’esprit de regarder leur joli badge.

Déjà là, j’étais rendue à 2 sur l’échelle de surprisage.

Au fur et à mesure des rendez-vous, j’attendais qu’on m’attache avec des sangles. Ben même pas ça ils ont fait….

Alors je me suis dit que j’allais faire comme les gosses. Sauf en plus subtil et sournois (le gros problème du gosse, c’est qu’il est trop rentre-dedans. Sinon ça marcherait son petit jeu)

J’allais repousser les limites le plus loin que je pouvais. Tout doucement. Avec tout le monde. Avec le sourire….

D’abord j’ai parlé de l’AAD de GrandFrère, histoire qu’ils se fassent direct une idée du personnage. Stade 3 sur l’échelle : personne ne m’a considéré comme une grosse bo-bo folle inconsciente…

Ensuite j’ai prononcé les mots « projet de naissance », avec une main sur la joue en parade pour pas prendre une baffe. Ben même pas on a sourcillé. Stade 4.

Après j’ai parlé de présence du père au bloc en cas de césarienne (sous péridurale et non générale)…. J’avais les mains sur mon cou en parade au cas où mon interlocuteur aurait voulu me pendre avec un drap brodé CHU….

On m’a dit « ben oui pourquoi pas »… Ben oui ? Mais t’as bien entendu ce que je t’ai demandé, cocotte ? Stade 7 direct.

Quand la Sage-Femme qui n’était censée pratiquer qu’une séance d’acupuncture sur moi, à pris le temps, malgré ses congés juste après moi, pour discuter « projet de naissance » avec moi après le piquage, pendant genre 20 minutes… Je suis passée au stade 8.

Là j’ai commencé à me sentir comme Sangoku sur son nuage dans Dragon Ball Z. C’était tout facile, aucun obstacle.

En dernier, j’ai sorti le grand jeu. J’ai dit « je veux pas de péridurale finalement ».

On a répondu « d »accord, mais on pose un cathéter au cas où ». Ça me paraissait acceptable. Là c’était stade 10.

J’ai proposé d’écrire un projet de naissance. Et je l’ai écrit.

J’ai repris confiance. J’ai rencontré des soignants qui me parlaient comme à l’adulte douée de réflexion que je suis. Qui savaient remettre en question certaines pratiques malgré leurs longues années d’études.

Et puis j’ai regardé le ciel. Et tous les nuages qui planaient au dessus de la perspective de ces naissances avaient disparu.

Il ne restait que l’arc-en-ciel à regarder. Même s’il garde son appui bien ancré sur la terre, la grossesse gémellaire ayant cela de spécifique, c’est qu’on ne peut  se baser sur rien de concret quand à son déroulement, de son début à son issue.

Mais là où il y a double-vie, j’ai enfin compris qu’il y avait aussi double-espoir.

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