Depuis que j’ai encaissé le mien (au bout de plus de 4 mois quand même…), j’ai toujours ressenti comme une nécessité d’écrire ou de faire écrire sur ce « choc gémellaire ».

Comme s’il fallait que tout le monde sache avant, être prévenu, préparé à l’éventualité que ça leur arrive à eux aussi.

Sauf que c’était tellement improbable comme idée (après tout, y’en a deux, deux fois plus de bonheur, de sourires, blablabla) que j’ai vite eu l’impression d’être un de ces preacheurs américains qui essayent de vous vendre la fin du monde deux fois par an, mais que personne ne croit jamais.

Quand je suis sortie de l’hôpital suite à « L’annonce faite à Baleine », j’ai eu deux réflexes primaires. Le premier c’était d’envoyer un MMS de l’écho à FuturPapa. De toutes façons je ne pouvais pas lui parler, et je me demande s’il m’aurait cru sans image (qui vaut mieux que mille mots, n’est ce pas).

Le deuxième, c’était d’appeler Mômannnn. Oui parce que, même à 30 ans, quand la vie nous fait ce genre de farce, une Maman, ça sert (bon ça sert aussi avant hein – spéciale dédicace à SuperMamie).

A force, l’annonce, bien que toujours agrémentée de la phrase : « mais bon, c’est pas sûr que ça tienne hein… » (*Destin qui ricanne*) a fait le tour des proches. Collègues, frères, soeurs, certains amis, patron (père de jumeaux….).

Pas une seule fois, je n’ai reçu de réaction négative. Pas une seule fois non plus, de réaction trop positive (faut pas déconner, les jumeaux c’est du boulot, pas besoin d’en avoir pour le savoir).

Et moi je regardais ces gens, complètement abasourdie, et j’avais envie de leur choper les épaules, les secouer et de hurler « mais BORDEL DE MERDE, des JUMEAUX, tu entends, DES JUMEAUX, tu sais ce que c’est, c’est quand y’en a DEUX, c’est pas POSSIBLEU ! »

C’était juste pas POSSIBLEU.

Et puis sont arrivées les phrases « de fermeture ». Celles qui cloturent immédiatement toute tentative de vidage de sac. Genre : « oh mais tu sais, y’a des femmes qui galèrent pour en avoir, et toi t’en as deux ! »

Alors, au combien je respecte, admire, et suis sensible à la cause de ces couples dont le désir d’enfant est mis à mal (j’ai même longtemps voulu être mère porteuse, et faire un don d’ovocyte (là, j’ai la preuve que j’ai du matos…)), autant ces petites phrases n’aident pas, ne font pas avancer.

Evidemment en cherchant, on trouve toujours pire que soit. Même dans les situations les plus critiques.

J’ai tenté de laisser le temps agir.

Avec un schéma récurrent de « journée de choquée » :

1. Réveil. Gerbe puissance 10. Ah oui ça me revient, je suis enceinte.

2. Ah merde, y’avait une histoire de jumeaux…. C’était dans un cauchemar ?

3. On sort l’échographie. Oh putain, c’est la vraie vie.

4. Chialage.

5. Ptetre qu’ils sont morts ?

6. Nan mais en fait c’était une blague, hein ?

7. Doppler foetal. Un battement cardiaque. Un autre battement cardiaque. Putain c’est la VRAIE vie !

8. Je VEUX que l’un meure !

9. Chialage.

10. Nausées, reflux, fatigue. Je VEUX qu’ils meurent les deux !

11. Chialage.

12. Re-sortage de l’échographie. Ah ben non c’est pas un bug de la machine à écho.

13. Mais je VEUX PAS qu’ils meurent, ce sont mes bébés !

14. Chialage.

Bref, avec ce genre de pensées complètement schizophrènes, tu dévisses doucement. Jusqu’au jour du clash. Où la seule chose que t’arrive à faire c’est pleurer. Où limite t’as juste envie de crever liquéfiée dans tes larmes comme dans la scène finale de Roger Rabbit.

Et où SuperMamie se retrouve à te dégotter en urgence un rendez-vous avec la psy de la maternité (et où tu te retiens de lui gémir un truc genre « Maman, fais moi plutôt directement interner là »).

Vu de loin, voir de très très loin (pour ceux qui n’ont pas goûté aux joies de la grossesse), ça peut sembler ultra-dramatique.

Pourtant j’avais vécu quelques trucs pas super agréables psychologiquement, et j’ai toujours réussit à m’en sortir. Je ne suis ni la super-insensible, ni la fille qui va faire une tentative de suicide parce qu’elle a raté sa manucure. Entre les deux, juste.

Et puis j’ai été sur internet. Et j’ai vu que d’autres, des filles pourtant très fortes, avec du caractère et tout, étaient aussi passées par là (et Même mon GentilPatron, que je ne pensait pas si sensible (c’est un Patron quoi), m’a avoué qu’il avait aussi eu du mal à encaisser…). Que j’étais pas la seule dans mon « délire ». Et que ça portait même un nom. Le choc gémellaire.

Et le mot est bien choisit, je peux vous le dire.

C’était salutaire. Parce que ce que j’avais besoin de dire et d’écrire, que je voulais qu’un meure, que deux meurent, être tranquille, mais que non, j’avais désiré cette grossesse, que je ne voulais pas qu’ils meurent, j’ai pu le dire et l’écrire sans qu’on me regarde comme une tarée bonne pour l’internement définitif.

J’ai pu être écoutée, trouver des pistes en moi pour gérer le truc, pour avancer, et… pour faire des choix.

Quand tu décides une grossesse, en général tu fais des plans.

Moi j’avais tout planifié.

J’allais avoir UN garçon, j’allais accoucher à la maison (comme pour GrandFrère) avec FuturPapa et une sage-femme à Paris. J’allais prendre un an de congé parental et faire une formation pour changer d’orientation professionnelle. Le bébé n’aurait pas de tétine ni de parc (bientôt un billet « Avant j’avais un enfant et (encore) quelques principes – Maintenant j’ai des jumeaux »), et je ne le laisserais pas pleurer. J’avais même déjà commandé la poussette-cosy.

Et puis là, un machin de 3 millimètres de haut faisait tout voler en éclat.

Exit l’AAD, obligé le congé parental, terminé la vie sexuelle sociale.

En France, c’est interdit, mais en Belgique on peut faire une « réduction embryonnaire » sur des jumeaux.

C’est un questionnement terrible, arrêter une grossesse (ou une moitié de grossesse…) désirée….

Mais c’est à respecter aussi.

Deux bébés, ça a un impact. Financier, psychologique, dans la fratrie, dans la vie professionnelle…

J’y ai pensé aussi. J’y pense encore parfois, en me disant « j’aurais ptetre dû ? »…

Je ne l’ai pas fait. Parce que j’avais déjà PetiteEtoile et que je ne voulais pas revivre ça. Et puis parce que je voulais cette grossesse, même si je ne voulais pas des jumeaux. Et puis FuturPapa était tellement optimiste, tellement heureux d’avoir encore un/des petit(s)…

Alors, si tous les autres, FuturPapa, GrandFrère, SuperMamie, SuperTatie et tous les autres étaient prêts à en aimer deux à la fois, pourquoi j’y arriverais pas moi aussi ?

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