Blog personnel sur la grossesse et la vie gémellaire (avec des jumeaux dedans quoi)

Archives mensuelles : septembre 2012

La grossesse normale, c’est UNE maman et UN bébé.

Alors, au début, quand tu apprends qu’il y en a deux, il te faut déjà un plus ou moins long moment pour percuter et intégrer le truc, et que ça devienne un réflexe de dire « ils/elles/les bébés/Machin&Truc ».

Quand t’y arrives enfin, t’as envie de sortir le champagne (ah mais non, tu peux pas).

Et puis à un moment t’es vraiment bien dans le truc, t’achètes même tes trucs enfin en double. D’ailleurs tu râles qu’ils fassent pas des packs spécial jumeaux, un rose, un bleu, c’est trop demander ?

 

Sauf que les autres ne suivent pas.

La CAF t’envoie son petit courrier « vous attendez un enfant » (Flip immédiat : « ont-ils bien pris en compte ma sur-ovulation et vont-ils me verser doublement ma prime de naissance histoire de pouvoir me payer cette poussette-double tank qui va me coûter un rein ? »)

Blédiberk t’envoie son échantillon mensuel de merdouilles à bébés (rapport au fait que t’as connement donné ton adresse postale à http://www.belle&enceinte.com dans un moment d’égarement) : « Votre bébé sera bientôt là ! » -Et les gros, y’a qu’un échantillon, et l’autre, il mange quoi ?

Tu veux t’inscrire sur un site pour voir si t’es dans les normes de poids/taille/nombre de poils de cul avec tes babies et donc remplir un zouli formulaire :

– « Terme de votre grossesse » (bon là c’est facile, en général ils naissent le même jour

– « Prénom de votre bébé » – Ah ben ouais… Et pour compliquer le truc, on a exprès choisi des prénoms à rallonge donc même en mettant les deux, le champ n’est pas assez grand….

– « Sexe de votre bébé » – Heu… Hermaphrodite ?

 

Et puis y’a les autres….

Ceux qui se rattrapent….

« Comment ça va ton… heu TES bébés ? »

Et ceux que tu dois te retenir fort pour pas répondre des trucs de ce genre :

« Hihi je ferais bien le petit troisième moi ! » – « Attention, ils pourraient arriver par deux… »

3 semaines après : « Hihi, chui enceiiiiiinte ! » – « Combien y’en a ? »

 

Et là tu dois encore intégrer un dernier truc : TA norme n’est pas LA norme.

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Pita ou Wrap ?

Depuis toujours j’ai une blague préférée :

« Quelle est la différence entre Dieu et un médecin ?

– Dieu lui au moins, il ne se prends pas pour un médecin »

Quand j’ai su que les jumeaux avaient décidé d’être sûrs de resté accrocher à moi, j’ai donc dû faire un nouveau deuil. Celui de l’accouchement à domicile (AAD), que j’avais l’intention de vivre avec FuturPapa.

Inutile de mentionner que, avec un AAD comme première expérience de la maternité, c’est à reculons (et accessoirement, en chialant), que je me suis rendue à l’hôpital pour y effectuer mon suivi et m’y inscrire.

J’y suis allée, bardée d’appréhensions. Ces « nazes » n’étaient que peur et stress, et leur seul but étaient de me faire accoucher sous leur domination physique et psychologique. Ils allaient me traiter comme une ado inconsciente et capricieuse qui n’a d’autre but que de faire chier.

La première fois où j’y suis allée, on m’a dit « bonjour ».

Ouais, ça semble con comme ça, mais moi, c’était la première fois qu’un soignant de milieu hospitalier me disait « bonjour », et ce, ô politesse ultime, même en le croisant simplement dans un couloir.

Ensuite on m’a dit : « bonjour, je suis Machine, sage-femme ».

Ouah, en plus d’être super polis, ils te disent même ce qu’ils font. Des fois que t’aurais pas la présence d’esprit de regarder leur joli badge.

Déjà là, j’étais rendue à 2 sur l’échelle de surprisage.

Au fur et à mesure des rendez-vous, j’attendais qu’on m’attache avec des sangles. Ben même pas ça ils ont fait….

Alors je me suis dit que j’allais faire comme les gosses. Sauf en plus subtil et sournois (le gros problème du gosse, c’est qu’il est trop rentre-dedans. Sinon ça marcherait son petit jeu)

J’allais repousser les limites le plus loin que je pouvais. Tout doucement. Avec tout le monde. Avec le sourire….

D’abord j’ai parlé de l’AAD de GrandFrère, histoire qu’ils se fassent direct une idée du personnage. Stade 3 sur l’échelle : personne ne m’a considéré comme une grosse bo-bo folle inconsciente…

Ensuite j’ai prononcé les mots « projet de naissance », avec une main sur la joue en parade pour pas prendre une baffe. Ben même pas on a sourcillé. Stade 4.

Après j’ai parlé de présence du père au bloc en cas de césarienne (sous péridurale et non générale)…. J’avais les mains sur mon cou en parade au cas où mon interlocuteur aurait voulu me pendre avec un drap brodé CHU….

On m’a dit « ben oui pourquoi pas »… Ben oui ? Mais t’as bien entendu ce que je t’ai demandé, cocotte ? Stade 7 direct.

Quand la Sage-Femme qui n’était censée pratiquer qu’une séance d’acupuncture sur moi, à pris le temps, malgré ses congés juste après moi, pour discuter « projet de naissance » avec moi après le piquage, pendant genre 20 minutes… Je suis passée au stade 8.

Là j’ai commencé à me sentir comme Sangoku sur son nuage dans Dragon Ball Z. C’était tout facile, aucun obstacle.

En dernier, j’ai sorti le grand jeu. J’ai dit « je veux pas de péridurale finalement ».

On a répondu « d »accord, mais on pose un cathéter au cas où ». Ça me paraissait acceptable. Là c’était stade 10.

J’ai proposé d’écrire un projet de naissance. Et je l’ai écrit.

J’ai repris confiance. J’ai rencontré des soignants qui me parlaient comme à l’adulte douée de réflexion que je suis. Qui savaient remettre en question certaines pratiques malgré leurs longues années d’études.

Et puis j’ai regardé le ciel. Et tous les nuages qui planaient au dessus de la perspective de ces naissances avaient disparu.

Il ne restait que l’arc-en-ciel à regarder. Même s’il garde son appui bien ancré sur la terre, la grossesse gémellaire ayant cela de spécifique, c’est qu’on ne peut  se baser sur rien de concret quand à son déroulement, de son début à son issue.

Mais là où il y a double-vie, j’ai enfin compris qu’il y avait aussi double-espoir.


En général, quand tu viens fraîchement de pondre ton mini-toi, il se passe environ maximum 4 semaines avant qu’à chaque croisement de famille/voisine/collègue/boulangère/mamie inconnue dans la rue, on ne te pose LA question :

« Alors, il fait ses nuits ? »

(La bonne réponse à cette question c’est : OUI. Même si c’est faux, tu dis OUI c’est tout. Tu me remercieras.)

Pour peu que tu oses t’aventurer à raconter l’horrible vérité sur cet immonde enfant qui ne daigne pas dormir ses 12h par nuit, on essaye de trouver une raison et une solution (alors que, 3h après la discussion, t’es encore entrain de chercher à quel moment tu as pu laisser croire que tu demandais une solution…)

Donc au choix, tu as droit à :

– « Ah ben c’est parce que tu l’allaites, donne lui donc un biberon avec des céréales »

– « Bah dis, faut le laisser pleurer, c’est du caprice ! »

– « Mais il a dépassé 5 kg, il a des réserves, il devrait dormir »

– « Ah mais il dort dans ta chambre c’est pour ça »

– « Donne lui un bain ça va le détendre »

C’est marrant la propension que les gens ont à emmerder les bébés tout juste nés qui ne laissent pas leurs parents dormir.

Par contre, quand t’es enceinte, personne te demande si tu fais tes nuits.

Personne te propose une mignonne solution compatible avec ta baleinitude.

Alors moi j’ai essayé.

J’ai mangé un bol de lait avec des céréales. Ça m’a tenu 2h.

J’ai dépassé les 5 kg depuis longtemps. Ça n’a rien changé.

Je me suis laisser pleurer. J’avais l’air de Droopy le lendemain matin, c’est tout.

J’ai viré tout le monde de mon lit, même les peluches. J’avais plus de place, mais pas plus d’heures au compteur.

J’ai pris 3 bains par jour. A part me transformer en pruneau, ça n’a rien changé.

Ça fait maintenant 5 mois que je dors par tranches de 4h maximum.

Alors, la prochaine fois que tu croises un « gentil conseiller » pour les nuits de ton bébés, envoie le chier, et demande lui plutôt de venir m’aider moi !


Quand tu tombes enceinte, tu deviens immédiatement la proie d’une armée de petites salopes invisibles qui vont te pourrir pendant 9 mois : les HORMONES.

Quand tu attends des jumeaux, tu prends double-dose.

Les hormones, ce sont ces trucs qui, selon ton cas initial, te font bouffer comme une truie sans arriver à permettre que ça tienne un peu dans ton ventre pour assurer une survie minimale (de quoi avoir la force de te traîner jusqu’aux toilettes quoi), ou encore, te font prendre 15kg en avalant une demi tomate nature (ça, c’est quand t’as déjà quelques kilos en trop, bien sûr).

Les hormones agissent sur tous les fronts de ta vie.

Et tu te retrouves à avoir envie d’aller à la piscine 3 fois par jour alors qu’en temps normal tu détestes ça. Sauf que tu peux pas, sous peine de te noyer en t’endormissant entre deux brasses.

Si t’es une super chanceuse, les hormones te donnent un incroyable appétit de sekse. Mais ça, ça t’arrive que quand, comme moi, ton ToyBoy habite à 300 km de chez toi…..

Dans les 99% d’autres cas, ton pauvre Mâle devra subir la disette pendant 9 mois (envoie-le moi, bordel à cul !)….

Bien sûr, ces pouffes d’hormones ont des alliés de poids. Les gynécologues.

Le gynécologue, c’est celui qui va décider que tu dois te taper un régime sans sucre pour ton diabète gestationnel alors que toi, tu te réveilles à 7h du matin,  l’oreiller couvert de bave tellement t’as envie de bouffer des frites….

Il va aussi décider que, vu que copain Col de l’Utérus n’assure pas une cacahuète à faire la simple chose qu’on lui demande (= rester fermé !), tu n’as plus droit de faire crac-crac. Tiens, juste quand t’avais bien/de nouveau envie !

Bref, comme tu ne peux rien faire pour te venger de ces petites sauvages, tu te retrouves à t’insurger contre tout ce qui pourrait présenter une image potable, voir pire, glamour, de ce temps merveilleux qu’on nomme « grossesse ».

Le magazine avec la femme enceinte rayonnante (à peau de pêche, sans boutons) ? Déchiré…

Ton homme qui te parle de la beauté et de l’attrait des femmes enceintes ? Emasculé…

Ta voisine primipare pimpante, souriante et fine comme un sandwich SNCF ? Haïe à jamais….

Mais bon, au moins t’as une excuse :

« Ouaiiiiis mais moi, y’en a DEUX, hein !!!! »


 

Le seul Un des avantages de la grossesse gémellaire, c’est que tu as droit au minimum à une échographie par mois (si tu es une lectrice 3 en 1 et que t’as pas droit à ce minimum, hâte toi de changer de gynécologue !).

Et pas la petite écho de merde hein, la vraie grosse échographie qui prends à minima 30 minutes (quand t’as des plantes vertes dans le ventre) et jusqu’à parfois 1h30 (quand comme moi, t’as sorti les ovules « cirque du Soleil »)…

Donc pendant ces délicieux moments où, dans une douceur exemplaire, on t’enfonce une sonde dans le ventre (et accessoirement, dans le vagin pour mesurer ton nouvel indice de référence ultime : le col de l’utérus), tu essayes, au début vaguement, de distinguer les morceaux de tes bébés.

Sauf que, avec une telle fréquence, tu deviens vite une vraie pro. Les termes « valves décalés », « PA », « BIP » et « septum » n’ont plus aucun secret pour toi.
Et tu finis comme moi, à tout voir presque avant la « pro », même les sexes 😉

D’ailleurs à cause des filles comme toi, la dame qui tape le compte-rendu a developpé une phrase-type lorsque sa collègue sondeuse lui sort une mesure douteuse. Elle lui dit : « Machine, tu peux refaire un fémur s’il te plaît ? », cette phrase est en fait une alternative à « Oh la grosse, c’est quoi ce fémur de merde, t’as trop de gel sur la sonde ou bien c’est la gestante qui est entrain de nous fabriquer un Passe-Partout pour Fort Boyard là ? »

 

Mais disons qu’à la fin, ça soûle un peu. T’as juste envie de demander pourquoi on regarde pour la 30ème fois s’ils ont bien chacun deux bras et deux jambes (des fois qu’un des jumeaux s’amuserait à amputer l’autre in utero ?), et si on va aussi leur compter les poils de fesse avec.

Et quand, à la 45ème échographie, la sondeuse pousse un gros « Ooohhh, regardez ! On a un super profil de la fille là ! » et que tu sors juste un « Ah… ah ouais, c’est cool » tout blasé, tu réalises que ton cas est désespéré et que toute la magie de l’échographie a définitivement disparu de ta vie…

Et sinon, tu fais comme moi : tu ramènes chaque fois un public (Papa, Mamie, Tatie), histoire de kiffer de nouveau… Par procuration.


Depuis que j’ai encaissé le mien (au bout de plus de 4 mois quand même…), j’ai toujours ressenti comme une nécessité d’écrire ou de faire écrire sur ce « choc gémellaire ».

Comme s’il fallait que tout le monde sache avant, être prévenu, préparé à l’éventualité que ça leur arrive à eux aussi.

Sauf que c’était tellement improbable comme idée (après tout, y’en a deux, deux fois plus de bonheur, de sourires, blablabla) que j’ai vite eu l’impression d’être un de ces preacheurs américains qui essayent de vous vendre la fin du monde deux fois par an, mais que personne ne croit jamais.

Quand je suis sortie de l’hôpital suite à « L’annonce faite à Baleine », j’ai eu deux réflexes primaires. Le premier c’était d’envoyer un MMS de l’écho à FuturPapa. De toutes façons je ne pouvais pas lui parler, et je me demande s’il m’aurait cru sans image (qui vaut mieux que mille mots, n’est ce pas).

Le deuxième, c’était d’appeler Mômannnn. Oui parce que, même à 30 ans, quand la vie nous fait ce genre de farce, une Maman, ça sert (bon ça sert aussi avant hein – spéciale dédicace à SuperMamie).

A force, l’annonce, bien que toujours agrémentée de la phrase : « mais bon, c’est pas sûr que ça tienne hein… » (*Destin qui ricanne*) a fait le tour des proches. Collègues, frères, soeurs, certains amis, patron (père de jumeaux….).

Pas une seule fois, je n’ai reçu de réaction négative. Pas une seule fois non plus, de réaction trop positive (faut pas déconner, les jumeaux c’est du boulot, pas besoin d’en avoir pour le savoir).

Et moi je regardais ces gens, complètement abasourdie, et j’avais envie de leur choper les épaules, les secouer et de hurler « mais BORDEL DE MERDE, des JUMEAUX, tu entends, DES JUMEAUX, tu sais ce que c’est, c’est quand y’en a DEUX, c’est pas POSSIBLEU ! »

C’était juste pas POSSIBLEU.

Et puis sont arrivées les phrases « de fermeture ». Celles qui cloturent immédiatement toute tentative de vidage de sac. Genre : « oh mais tu sais, y’a des femmes qui galèrent pour en avoir, et toi t’en as deux ! »

Alors, au combien je respecte, admire, et suis sensible à la cause de ces couples dont le désir d’enfant est mis à mal (j’ai même longtemps voulu être mère porteuse, et faire un don d’ovocyte (là, j’ai la preuve que j’ai du matos…)), autant ces petites phrases n’aident pas, ne font pas avancer.

Evidemment en cherchant, on trouve toujours pire que soit. Même dans les situations les plus critiques.

J’ai tenté de laisser le temps agir.

Avec un schéma récurrent de « journée de choquée » :

1. Réveil. Gerbe puissance 10. Ah oui ça me revient, je suis enceinte.

2. Ah merde, y’avait une histoire de jumeaux…. C’était dans un cauchemar ?

3. On sort l’échographie. Oh putain, c’est la vraie vie.

4. Chialage.

5. Ptetre qu’ils sont morts ?

6. Nan mais en fait c’était une blague, hein ?

7. Doppler foetal. Un battement cardiaque. Un autre battement cardiaque. Putain c’est la VRAIE vie !

8. Je VEUX que l’un meure !

9. Chialage.

10. Nausées, reflux, fatigue. Je VEUX qu’ils meurent les deux !

11. Chialage.

12. Re-sortage de l’échographie. Ah ben non c’est pas un bug de la machine à écho.

13. Mais je VEUX PAS qu’ils meurent, ce sont mes bébés !

14. Chialage.

Bref, avec ce genre de pensées complètement schizophrènes, tu dévisses doucement. Jusqu’au jour du clash. Où la seule chose que t’arrive à faire c’est pleurer. Où limite t’as juste envie de crever liquéfiée dans tes larmes comme dans la scène finale de Roger Rabbit.

Et où SuperMamie se retrouve à te dégotter en urgence un rendez-vous avec la psy de la maternité (et où tu te retiens de lui gémir un truc genre « Maman, fais moi plutôt directement interner là »).

Vu de loin, voir de très très loin (pour ceux qui n’ont pas goûté aux joies de la grossesse), ça peut sembler ultra-dramatique.

Pourtant j’avais vécu quelques trucs pas super agréables psychologiquement, et j’ai toujours réussit à m’en sortir. Je ne suis ni la super-insensible, ni la fille qui va faire une tentative de suicide parce qu’elle a raté sa manucure. Entre les deux, juste.

Et puis j’ai été sur internet. Et j’ai vu que d’autres, des filles pourtant très fortes, avec du caractère et tout, étaient aussi passées par là (et Même mon GentilPatron, que je ne pensait pas si sensible (c’est un Patron quoi), m’a avoué qu’il avait aussi eu du mal à encaisser…). Que j’étais pas la seule dans mon « délire ». Et que ça portait même un nom. Le choc gémellaire.

Et le mot est bien choisit, je peux vous le dire.

C’était salutaire. Parce que ce que j’avais besoin de dire et d’écrire, que je voulais qu’un meure, que deux meurent, être tranquille, mais que non, j’avais désiré cette grossesse, que je ne voulais pas qu’ils meurent, j’ai pu le dire et l’écrire sans qu’on me regarde comme une tarée bonne pour l’internement définitif.

J’ai pu être écoutée, trouver des pistes en moi pour gérer le truc, pour avancer, et… pour faire des choix.

Quand tu décides une grossesse, en général tu fais des plans.

Moi j’avais tout planifié.

J’allais avoir UN garçon, j’allais accoucher à la maison (comme pour GrandFrère) avec FuturPapa et une sage-femme à Paris. J’allais prendre un an de congé parental et faire une formation pour changer d’orientation professionnelle. Le bébé n’aurait pas de tétine ni de parc (bientôt un billet « Avant j’avais un enfant et (encore) quelques principes – Maintenant j’ai des jumeaux »), et je ne le laisserais pas pleurer. J’avais même déjà commandé la poussette-cosy.

Et puis là, un machin de 3 millimètres de haut faisait tout voler en éclat.

Exit l’AAD, obligé le congé parental, terminé la vie sexuelle sociale.

En France, c’est interdit, mais en Belgique on peut faire une « réduction embryonnaire » sur des jumeaux.

C’est un questionnement terrible, arrêter une grossesse (ou une moitié de grossesse…) désirée….

Mais c’est à respecter aussi.

Deux bébés, ça a un impact. Financier, psychologique, dans la fratrie, dans la vie professionnelle…

J’y ai pensé aussi. J’y pense encore parfois, en me disant « j’aurais ptetre dû ? »…

Je ne l’ai pas fait. Parce que j’avais déjà PetiteEtoile et que je ne voulais pas revivre ça. Et puis parce que je voulais cette grossesse, même si je ne voulais pas des jumeaux. Et puis FuturPapa était tellement optimiste, tellement heureux d’avoir encore un/des petit(s)…

Alors, si tous les autres, FuturPapa, GrandFrère, SuperMamie, SuperTatie et tous les autres étaient prêts à en aimer deux à la fois, pourquoi j’y arriverais pas moi aussi ?


 

Un des moments les plus forts (pas en chocolat par contre) de la grossesse gémellaire, c’est quand même le jour où on t’annonce qu’il y en a deux.

Pour la plupart des parents, ça se passe à 12sa (semaines d’aménorrhée, échelle chronologique médicale de référence, au demeurant complètement stupide), à la fameuse échographie de datation.

Moi bien sûr, mon petit corps avait déjà décidé de ne pas faire comme tout le monde, et de manifester très vite des signes importants de défaillance (comprendre : fatigue et nausées d’environ 18 sur l’échelle de Richter).

Ce lundi 2 avril 2012, je quitte donc avec culpabilité et dépitée de ne servir à rien, toute ma joyeuse bande de collègues, en plein milieu d’un inventaire. J’appelle donc ma gynécologue adorée, espérant qu’elle pourra rapidement me recevoir et surtout, me sortir de derrière les fagots LE remède MIRACLE (Ha-ha-ha) qui me rendra ma force et remettra mon estomac en mode “entrée” seulement. Sauf que, on a pas idée, mais SuperGynéco-mère-de-jumeaux est…. en congés!

Je suis donc gentiment redirigée vers les consultations au GrandHôpital.

J’entre dans la salle de consultation, la même où 5 ans plus tôt, un lundi 2 avril aussi, j’avalais le médicament qui allait mettre fin au développement d’une PetiteEtoile en moi…

J’explique donc mon cas désespéré à la gentille interne, elle même enceinte.

Afin que vos cotisations sociales ne dorment pas dans des caisses, à GrandHôpital on prends l’habitude de bien rentabiliser les appareils hors de prix dans lesquels vos sous sont investis. Cela se traduit par la petite phrase genre : “allez, on va faire une petite écho!”

Là je regrette. De ne pas avoir refusé cet acte. Acte complètement inutile, car à 6sa, je savais très bien qu’on ne verrait rien de concret, et qui n’était pas justifié par le motif de consultation….

La sonde en moi, GentilleInterne alterne légers sourires et air sérieux sur ses petites lèvres. Elle sourit enfin pour de bon et mon montre deux de ses doigts…

Là j’ai dit “Oh putain non c’est pas vrai” et j’ai explosé en sanglots devant son air affolé.

Il faut dire que, malgré le fait que, pas une seule seconde je n’aurais pu croire que ça pouvait un jour tomber sur moi, j’avais quand même un inconscient gros pressentiment, au point de constamment faire des allusions sur le sujet, avec mes collègues ou FuturPapa. FuturPapa avec qui j’avais, deux jours avant, trouvé LA poussette double ultime dans un magasin de puériculture….

GentilleInterne est toute contente, c’est sa première découverte de gémellaire (“gardez l’écho en souvenir” que je lui ai dit).

Elle m’averti tout de même que c’est encore très tôt, qu’on ne voit pas encore d’embryon dans le 2eme sac, que beaucoup de grossesse commencent ainsi, blabla.

Je sors de GrandHôpital, complètement sonnée, mon image en noir et blanc à la main, incrédule. C’est un cauchemar et je vais me réveiller?

Au dessus de moi, surgit alors un gros néon clignotant rouge : PUNITION. Je pleure.

Le Destin (note pour les croyants lisant ce Blog : remplacer “Destin” par “Dieu” chaque fois que ce mot apparaît) doit bien se foutre de moi là. “Ah ma connasse, t’as pas voulu de l’autre il y a 5 ans? Ben tiens, je t’en met deux pour le prix d’un ce coup là !” (mais pourquoi est-il aussi méchant ?)

Statistiquement (bientôt un billet sur ces chiffres sans lettres), il était nettement plus probable que n°2 ne tienne pas. Mais c’était le Destin. Et inconsciemment je savais très bien qu’il tiendrai.

Ainsi débuta ce trouble psychologique qu’on nomme si joliment le “choc gémellaire”….